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mardi 12 avril 2016 - 08:45

Club Ethic €co : Ethique et Tourisme

Le Club Ethic €co pour sa 4ème édition vient de recevoir, lundi 6 Juin  2016, Christian Orofino, qui dirige l'Observatoire géopolitique et environnemental du tourisme (OBGET), Nathalie OLMETA, Manager de la Communication des Bouches-du- Rhône Tourisme, Florence BEZAULT, Directrice Générale de l'Hôtel Rennaissance by Mariott  qui se sont exprimés sur le thème Ethique & Tourisme

 

« Préserver la culture et l'environnement, c'est pérenniser le tourisme »

Christian Orofino dirige l'Observatoire géopolitique et environnemental du tourisme (OBGET) depuis sa création en 2013. Entretien avec ce gérant d'une société de relation presse (TourConseil) et ancien président de la commission développement durable du Syndicat national des agents de voyages (SNAV) sur la problématique « éthique et tourisme » du Club Ethic €co du 6 juin auquel il participe (*).

 

E-contact - Quelle est la vocation de votre organisation non gouvernementale (ONG) ?

Christian Orofino : L'Observatoire géopolitique et environnemental du tourisme (OBGET) mène une réflexion sur les différents mouvements géopolitiques de la planète qui ont un impact sur le tourisme (révolution, attentats...), tel le Printemps arabe. Il s'agit aussi d'identifier les régions potentiellement détentrices de déséquilibres qui provoquent la fermeture touristique de ces destinations.

L'OBGET participe aussi au développement de projets de tourisme solidaire, à la demande des professionnels du tourisme (agences de voyages, tours-opérateurs). C'est une forme de participation du voyagiste français à la régulation de la déstabilisation qu'il peut provoquer dans la région où il envoie son client. On peut citer la construction d'une salle de classe en Inde ou bien d'une coopérative agricole à Madagascar.

 

E-contact - Quels désordres le tourisme peut-il concrètement engendrer ?

Christian Orofino : Le tourisme, surtout de masse, peut provoquer un bouleversement culturel et économique. Par exemple, en Chine, depuis l'inscription en 2013 des magnifiques rizières en terrasse de Huan Yang comme patrimoine mondial de l'Unesco, les touristes affluent et représentent une manne pour les Chinois ; ils abandonnent leur mode de vie millénaire pour s'improviser chauffeur, hébergeur, guide, au risque qu'à terme, il ne reste plus qu'une ou deux terrasses et que le site prenne des allures d'un parc d'attraction.

Pire, à Pompéi, en Italie, la surfréquentation des zones archéologiques, inscrites depuis 1997, et une gestion d'accueil inappropriée ont fini par en provoquer la quasi fermeture pour des travaux de réhabilitation.

Il faut faire en sorte que les millions de visiteurs d'un site touristque s'immergent le temps de quelques heures ailleurs que dans les musées ou les monuments, c'est-à-dire dans le quotidien des habitants pour mieux respecter les façons de vivre et les paysages. C'est ce que nous appelons le tourisme responsable qui contribue à gérer les ressources pour ne pas qu'elles s'épuisent.

 

E-contact – Comment développer le tourisme responsable ?

Christian Orofino : Pour les grands tours-opérateurs, il est impossible d'envoyer des groupes de moins de 10 personnes sur leurs séjours. Or, nous devons convaincre ces producteurs de voyages généralistes de jouer sur leur système de production pour que soient mieux respecter les hommes et les environnements où ils envoient leurs clients. Ils doivent accompagner les touristes pour qu'ils respectent les coutumes et les paysages locaux.

Ces tours-opérateurs doivent également coopérer avec les récepteurs, pour que sur place, le touristes apprécient et sachent qu'ils ne doivent pas toucher à l'équilibre naturel et culturel de la région visitée.

Pour voir des résultats, il faut donc adapter les critères d'un tourisme responsable déjà en développement dans des marchés de niche, comme le tourisme d'aventure, à un marché de masse et nous y travaillons, notamment au travers d'un label « tourisme responsable » adapté à ces segments de marché.

 

E-contact – Que se passera-t-il autrement ?

Christian Orofino : Selon moi, le voyageur part à la rencontre des différences alors que le touriste recherche la détente, le soleil et le confort. Je ne porte aucun jugement et les deux façons de voyager ne sont pas incompatibles. Seulement, le voyageur dans sa démarche sera a priori plus sensibilisé au respect des personnes et des lieux.

Néanmoins, le touriste dans un palace des Maldives apprécie les services d'un cuisinier ou d'une serveuse locale. Si le staff est 100 % français, il sera finalement déçu car en manque dépaysement culturel en plus du dépaysement climatique. On le voit bien : « le tourisme ne pourra durer que s'il est responsable, c'est-à-dire que s'il préserve l'authenticité sociétale et environnementale de la destination visitée.

 

E-contact – Quelle est la situation du tourisme responsable en France ?

Christian Orofino : Chaque année, 80 millions de touristes visitent la France ou plutôt... la traversent, comme les Hollandais et les Anglais qui partent en Italie et en Espagne. En outre, 80 % des touristes ne visitent en fait que l'Île-de-France et la Provence Alpes Côte d'Azur. Or, en dehors de la Tour Eiffel et de la Côte d'Azur, nous possédons un puits de pétrole sous nos pieds ! Mais notre tourisme est passif et nous vivons sur nos acquis.

Dans le tourisme responsable, il y a une notion d'émergence des petites localités grâce à un apport économique par le tourisme, l'entretien du patrimoine... On peut citer le tourisme fermier ou religieux. Il existe des centaines de formules pour faire revivre des régions qui se meurent ou servent de dortoir.

 

E-contact – Quelle seraient les solutions, chez nous ?

Christian Orofino : Pour encourager davantage ce type de pratiques dans diverses zones géographiques françaises, les structures publiques et privées du secteur touristique doivent travailler de concert. Il faut favoriser le tour-operating, qui est inexistant : si les hôtels dans ces départements existent, ils ne proposent que de l'hébergement. 360 tours-opérateurs français proposent des vacances à l'étranger et seulement une quinzaine produisent des séjours en France.

Il faut aussi plus de surveillance : des travaux du Mont Saint-Michel ont dénaturé le site... l'intérêt économique a devancé la préservation du site. Il faut des garde fous pour de tels endroits fragiles où vivent des populations qui sont aussi victimes de ces actions.

Pourquoi ne pas non plus envisager une coopération entre l'Unesco et les professionnels du tourisme pour mettre en place une bonne et durable exploitation des sites inscrits au patrimoine mondial ? Pour quelle soit profitable à tous, y compris aux habitants locaux qui, pour ce qui concerne le Mont Saint-Michel, ne touche guère de retombées économiques de la venue des 2,5 millions de visiteurs par an.

 

(*) Le CROEC Marseille Paca organise un Club Ethic €co tous les premiers lundi du mois pour débattre d'un sujet de société : « éthique et gouvernance », « éthique et justice », etc.